Grand anniversaire en ce 19 juillet. Voici 110 ans, Georges Guynemer remportait son premier combat aérien. Bien sûr c’était sur un Type L. Pour le jeune caporal c’était la chance de s’illustrer…
L’un des pilotes de chasse les plus connus, et des plus honorés – sa devise « Faire face » devenue celle de l’École de l’Air et de l’Espace et sa disparition commémorée chaque année le 11 septembre – n’était pas bien parti pour devenir le guerrier mythique qu’il est devenu.

A la déclaration de guerre, le jeune patriote est réformé par les médecins, qui le trouvent trop chétif. Alors qu’il ronge son frein, les aviateurs qu’il voit s’entraîner sur la plage d’Anglet, vont l’inciter à tenter sa chance dans la nouvelle arme. Il se présente à l’école d’aviation de Pau où il essuie un premier refus, mais finit par être accepté au service auxiliaire, puis comme élève mécanicien. Par chance, il réussit à convaincre le commandant de l’école de l’ajouter sur la liste d’une nouvelle promotion de candidats pilotes. Le 21 janvier 1915, il est donc accepté comme élève-pilote et débute sa formation pratique le 1er février avec pour instructeur Paul Tarascon, futur as aux 12 victoires. Il suit le cursus classique de l’époque : apprendre à rouler sur un « pingouin », un avion aux ailes rognées, puis le lâcher sur un Blériot XI à moteur Gnome de 50 ch avant de rejoindre l’école d’Avord pour passer son brevet de l’Aéro-Club de France le 11 mars puis obtenir le brevet de pilote militaire (no 1832) le 26 avril. D’après l’historien David Méchin, il aurait demandé à être formé sur le Type L, que tout le monde appelle « Morane-Parasol » comme son camarade de Pau, Alfred Heurtaux, autre futur as. Avec sa vitesse de pointe de 125 km/h, le Type L, le MoS 3 selon la dénomination militaire, leur paraît l’avion idéal pour aller combattre les avions ennemis. La rumeur parvenue jusqu’aux écoles parle d’aviateurs qui font la chasse aux avions Guynemer est formé sur l’avion à l’escadrille du camp retranché de Paris, avant d’être affecté le 8 juin 1915 à une escadrille en première ligne, la MS 3, future escadrille des Cigognes, attachée à la 6ème armée, qui campe à ce moment-là à Vauciennes, à l’est de Senlis dans l’Oise.
A son arrivée à l’escadrille, son allure de dandy squelettique n’impressionne par les briscards de la MS3 parmi lesquels Charles (mais que tout le monde appelle Jules) Védrines, le vainqueur de la course Paris-Madrid sur Morane. Il est sur le point de se faire renvoyer par le chef d’escadrille le capitaine Antonin Brocard. Beaucoup de biographies font état de la casse successive de deux avions à l’atterrissage lors de vols d’entraînement. Un fait réfuté par son premier biographe officiel, Henry Bordeaux (Le Chevalier de l’air : Vie héroïque de Guynemer, Plon 1918) et on n’en trouve pas trace dans son carnet de vol. En tout cas il a fait une première mauvaise impression, Védrines, pourtant connu pour son mauvais caractère, le prend en affection et va même jusqu’à défendre sa cause. A 33 ans le sergent-pilote est le doyen écouté de l’escadrille. C’est à lui notamment que sont confiées les missions les plus périlleuses, celles de dépose des agents derrière les lignes ennemies. Brocard le charge de faire de Guynemer un pilote opérationnel sinon ce sera le renvoi.
Apparemment, Védrines s’avère efficace dans ce rôle de mentor puisque le caporal Guynemer est autorisé à effectuer sa première mission le 13 juin 1915.
Ses premières sorties sont des missions d’observation des mouvements sur cette partie du front entre l’Oise et l’Aisne. En ce Printemps 1915 chaque armée tente de trouver la brèche sur un front qui s’est stabilisé, les reconnaissances aériennes deviennent vitales. Les passages d’avions au-dessus des lignes se multiplient et précédent des déferlements d’artillerie avant des attaques d’infanterie. Et de part et d’autres du front les combattants essaient d’abattre ces mouchards venus du ciel. Les avions reviennent souvent touchés depuis le vol par des tirs ou des éclats d’obus.
Le 15 juin, Guynemer revient au terrain avec une aile trouée. “Aucune impression, si ce n’est de curiosité satisfaite”, écrit dans une lettre à ses parents le jeune aviateur. Le même jour l’escadrille déplore son premier mort, un observateur, victime du tir d’un avion ennemi.Le 16, il part avec comme observateur, le lieutenant de Lavalette. Son appareil est touché par un tir dans l’aile droite. Le 17, l’avion rentre avec huit impacts, deux à l’aile droite, quatre dans le fuselage. Le 18, il dénombre quatre impacts au retour d’une reconnaissance avec le lieutenant Colcomb. Ce dernier note l’impassibilité de son pilote et la stabilité de son vol lors de missions photographiques, ce qui témoigne d’une maîtrise certaine du Type L.
Avec en tête le risque toujours latent de se faire renvoyer le jeune caporal accepte tous les risques pour accomplir ses missions et est impatient de réussir un coup d’éclat. Son Type L, le n°376, a été doté d’un fusil mitrailleur Lewis de 7,7 mm. Montée sur affût mobile, cette arme plus légère que la Hotchkiss de cavalerie, permet à son observateur-mitrailleur de tirer aussi bien vers l’avant de l’hélice que vers l’arrière. Il entend prendre sa part des combats.
Une motivation d’autant plus forte que le capitaine Brocard, entend bien ajouter la mission de chasse aux activités de l’escadrille, même si à cette époque la MS 12 est la seule unité de chasse officielle. Brocard remporte la première victoire de la MS 3, le 3 juillet 1915, contre un Albatros C sur Dreslincourt.
Guynemer part en chasse
L’occasion se présent le 19 juillet 1915. Ce jour-là, il est envoyé avec le soldat Charles Guerder comme observateur-mitrailleur à la recherche d’un avion allemand signalé sur Coeuvres. Il le rejoint sur Pierrefonds. Selon différentes sources il aurait mené cette première attaque à 200 m de l’avion ennemi et Guerder ouvre le feu mais l’arme vraisemblablement doit être rechargée. L’avion ennemi en profite pour s’échapper. Poursuivi jusqu’à Coucy, l’avion aux croix noires sème le Type L à travers les nuages en direction de Laon, où se trouvent les terrains de l’aviation allemande.
Guynemer et Guerder revenant vers les lignes françaises, aperçoivent à ce moment un Aviatik se dirigeant vers Soissons. Volant au plafond, Guynemer pique vers l’adversaire et le suit au-dessus de la ville. Guynemer cette fois-ci s’approche au plus près, à la gauche de l’Aviatik, à 50 m en arrière, peut-être même moins selon ses biographes. Guynemer veut être sûr que Guerder puisse faire mouche à coup sûr. L’observateur ennemi, armé d’une carabine, riposte de son côté et blesse Guerder à la main. Une dernière salve de la Lewis met un terme au combat ; le pilote est touché et l’Aviatik s’écrase à à la cote 151, près de Septmonts. Le combat débuté en altitude s’est terminé à la vue des tranchées et a duré moins de dix minutes, Les sources varient sur l’horaire du combat, le matin à 10 h 25 ou l’après-midi à 15 h 15 (Henry Bordeaux). Pour notre part, nous retiendrons 14 h 25 comme indiqué sur la plaque commémorative à Septmonts.
Guynemer, sans doute pas très confiant sur l’état de son avion qui a essayé des tirs aussi bien de l’Aviatik que du sol, ou épuisé nerveusement, décide d’atterrir. Le poser s’effectue au lieu-dit La Carrière l’Evêque, près de Septmonts au sud-est de Soissons. Les soldats au sol, qui ont suivi le combat, accourent et aident les aviateurs à éloigner l’appareil de la zone de combats. L’hélice heurte un tas de foin et est légèrement endommagée. Guynemer prévient son chef, le capitaine Brocard, certainement incrédule. Ce dernier, prudent, lui annonce qu’il envoie Védrines pour ramener l’avion à Vauciennes. C’est la huitième victoire aérienne homologuée pour les Français et la première victoire de Guynemer.
L’avion abattu, tombé dans les lignes françaises, est un Aviatik B-II. Il était piloté par le Uffz August Stroebel, avec Leutnant Werner Johannes, observateur. D’après le site https://as14-18.net/Guynemer, le pilote décède de ses blessures 8 jours plus tard, l’observateur blessé partant en captivité.

Nul n’imagine encore des répercussions de ce combat. Dans un communiqué des Armées son nom n’est pas mentionné, seulement ses initiales. Pourtant la nouvelle va faire le tour des « popotes ». Pensez donc, le « gosse » de l’escadrille, aussi surnommé « fil-de fer » (pour ses 48 kg pour 1,70 m) , a abattu un avion ennemi !
Les duels aériens sont encore rares et l’affrontement qui s’est achevé à basse altitude a été vu par les « poilus » dans les tranchées. Nombre d’entre eux dont des officiers tiennent rencontrer le jeune aviateur qui vient de réussir cet exploit.
Henry Bordeaux rapporte la conversation suivante avec le colonel commandant le régiment d’artillerie qui les accueille.
Guerder est introduit le premier dans le poste de commandement. Interrogé sur la manœuvre, il s’excuse avec modestie :
— Ça, c’est l’affaire du pilote.
Guynemer, qui vient d’entrer en tapinois, veut prendre la parole.
— Qu’est-ce que celui-ci ? demande le colonel.
— Mais le pilote !
— Vous ? quel âge avez-vous donc ?
— Vingt ans.
— Et le tireur ?
— Vingt-deux.
— Allons ! il n’y a encore que les enfants pour faire la guerre.
« Le lieutenant-colonel Maillard, commandant le 238e régiment d’infanterie, à M. le caporal pilote Guynemer et au mécanicien Guerder de l’escadrille M. S. 3, à Vauciennes.
« Le lieutenant-colonel,
« Les officiers,
« Tout le régiment,
« Témoins du combat aérien que vous avez livré au-dessus de leurs tranchées à un Aviatik allemand, ont applaudi spontanément à votre victoire qui s’est terminée par la chute verticale de votre adversaire, vous adressent leurs bien chaleureuses félicitations et prennent part à la joie que vous avez dû éprouver après un si brillant succès.
« Maillard. »
Ce fut donc la première victoire accordée à Guynemer, même si concrètement, il n’a fait que piloter. Elle lui vaut lune promotion au grade de sergent le 20 juillet. Le lendemain Georges Guynemer et Charles Guerder reçoivent la Médaille Militaire qui leur est remise le 4 août par le général Dubois commandant la 6ème armée, où est présent le père du héros.


Le texte de la citation est éloquent « Pilote plein d’entrain et d’audace, volontaire pour les missions les plus périlleuses. Après une poursuite acharnée, a livré à un avion allemand un combat qui s’est terminé par l’incendie et l’écrasement de ce dernier.» Et l’état-major qui prépare l’offensive de Champagne en septembre va diffuser largement ce message pour galvaniser les troupes.

Guynemer va ensuite se voir confier d’autres missions, comme celle confiée à Védrines, de dépose d’agents, pour la plupart des douaniers, derrière les lignes ennemies, le 29 septembre et le 1er octobre. Il fallait atterrir en territoire occupé, le plus souvent en vol plané. Des missions qui valent au sergent Guynemer sa deuxième citation : « A fait preuve de vaillance, d’énergie et de sang-froid en accomplissant comme volontaire une mission spéciale importante et difficile par un temps d’orage. »
Puis continue des vols de reconnaissance du front avant de reprendre les mission de chasse sur Nieuport sur lequel il remporte sa seconde victoire le 5 décembre 1915.
Ce passage sur Nieuport monoplace coïncide avec la fin de la carrière du Type L en première ligne. Les monoplans Fokker équipés de la mitrailleuse Parabellum synchronisée ont fait leur apparition. La maniabilité devient un élément-clé. Les Type LA, (MoS 4), puis les Type P (MoS 21) dotés d’ailerons ont supplanté le Type L comme avion de reconnaissance tandis que la chasse s’équipe de biplans Nieuport XI dit Bébé-Nieuport. Le Type N (MoS 5) pourtant plus rapide ne s’impose pas, les pilotes trouvant sa vitesse d’approche trop élevée. Malgré tout il sert la propagande et une campagne photo est organisée montrant l’adjudant Védrines aux commandes du monoplan.
Ce premier combat marque le début d’une nouvelle époque pour le combat aérien, qui d’expérimental devient organisé. Et à ce titre sa mémoire est conservée à Septmonts par une stèle. Pour Guynemer, elle marque le début de sa fulgurante carrière de pilote de chasse : 53 victoires en 600 combats aériens dans les deux années qui précèdent sa disparition survenue le 11 septembre 1917.
Il restera ainsi pour toujours le symbole du combattant des airs français, combatif et chevaleresque.

Pour en savoir plus ci-joint le lien vers a conférence video de David Méchin sur Youtube.
