7 juin 1915 : Type L contre Zeppelin

Parmi les faits d’arme  du Morane-Saulnier Type L, figure le premier combat de nuit contre un dirigeable Zeppelin. C’était il y a 110 ans aujourd’hui.

En 1915, le Royaume-Uni, entré dans la première mondiale à la suite de l’invasion de la Belgique par les troupes allemandes, découvre que la Manche ne le protège plus des horreurs de la guerre. Le Kaiser Guillaume II a autorisé les commandants de la flotte de dirigeables à bombarder les villes anglaises et plus seulement les objectifs militaires. Si l’utilisation opérationnelle de ces appareils très dépendants de la météo, reste limitée, en revanche ils font peur. Ces appareils peuvent atteindre des cibles très loin du front, sont invisibles du sol et peuvent voler en silence moteur coupé. Surtout les fameux Zeppelins dont les nouveaux modèles de 150 m de long qui sont capables d’emporter jusqu’à 5 tonnes de bombes.  Le monarque allemand espère ainsi pousser le pays à se retirer  du conflit.  C’est mal connaître la détermination des Britanniques qui vont renforcer leurs moyens aériens, aussi bien du Royal Flying Corps de l’armée, que le  Royal Navy Air Service, avec des unités qui sont déployées sur le continent.

La chasse au Zeppelin est donc ouverte, tant du côté français que britannique. Mais les dirigeables sont durs à détruire. Perforer l’enveloppe ne suffit pas pour descendre le mastodonte. Défendus par quatre postes de mitrailleurs, capables de croiser presque aussi vite que les avions de l’époque avec leurs moteurs Maybach de 210 ch, les Zeppelin de la classe M peuvent monter haut ou raser les arbres. Le 5 mars 1915, le LZ 33 de retour d’un bombardement poursuivi par des aviateurs alliés, n’est mis hors de combat que parce qu’il a tenté de se camoufler dans un bois.

Pourtant Flight Sub-Lieutenant Reginald A. J. Warneford, du Royal Naval Air Service (RNAS), est persuadé qu’il en abattre un. Ce Britannique de 24 ans, né en Inde, brûle de s’illustrer. Il s’est porté volontaire pour devenir pilote, obtenant son brevet en février 1915. Réputé pour son audace, celui qu’on surnomme « Rex » est affecté le 7 mai au Squadron 1 du RNAS déployé en Belgique. Là il accomplit des missions de reconnaissance, de bombardement, et de chasse. Pour cette mission, en même temps que ses galons de Flight Sub-Lieutenant, il se voit confier un Morane-Saulnier Type L, équipé d’une mitrailleuse. C’est à bord de cet avion, qu’il attaque son premier Zeppelin, LZ 39, le 17 mai sur son trajet retour d’une mission de bombardement du territoire britannique. Mais le dirigeable encaisse les tirs et réussit à s’échapper en reprenant de l’altitude.

Dans la nuit du 6 au 7 juin, un nouveau raid de Zeppelins est signalé sur l’Angleterre. Le Flight Sub-Lieutenant Warneford, qui s’est vu confier cette mission d’intercepteur de Zeppelin a fait équiper son avion en conséquence : il embarque six bombes incendiaires Hale de 9 kg chacune. Il décolle à 1 h 00 du matin de sa base de Furnes (Belgique) pour tenter d’intercepter l’un des géants du Kaiser sur sa route retour. Son rapport de mission décrit ce combat historique.

En arrivant à Dixmude à 1 h 05 du matin, j’ai aperçu un Zeppelin apparemment au-dessus d’Ostende et je me suis lancé à sa poursuite. Je suis arrivé à proximité quelques kilomètres après Bruges à 1 h 50 du matin et le dirigeable a ouvert un feu nourri. J’ai donc rebroussé chemin pour prendre de l’altitude, mais le dirigeable a fait demi-tour et m’a poursuivi.

À 2 h 15, il a semblé cesser ses tirs et, à 2 h 25, je suis arrivé derrière, mais bien au-dessus du Zeppelin ; j’étais alors à 3 300 mètres d’altitude, et j’ai coupé mon moteur pour descendre sur lui. Arrivé près de lui, à 2 100 mètres d’altitude, j’ai largué mes bombes. Au moment de larguer la dernière, une explosion a soulevé mon appareil et l’a retourné. L’avion est resté incontrôlable pendant un court instant, puis a piqué du nez et j’ai repris le contrôle.

J’ai alors vu que le Zeppelin était au sol, en flammes, et que des morceaux de quelque chose brûlaient en l’air tout au long de sa descente.

Rapport du S-Lt Reginald A.J. Warneford

Il apprendra par la suite qu’il s’agit du LZ 37 de 163,5 m de long, d’un volume de 33 780 m3. Avec une vitesse de pointe de 96 km/h, c’est le plus rapide de la flotte de la marine impériale. Il était commandé par l’Oberleutnanttto van der Hagen.

Mais les aventures de l’aviateur anglais ne s’arrêtent pas là. Dans le combat et les turbulences qui ont suivi la déflagration, le joint d’alimentation en carburant et de la pompe du réservoir arrière s’est cassé. Vers 2 h 40 du matin, il est contraint d’atterrir pour réparer la pompe. Il atterrit en lisière d’une forêt, près d’une ferme sans savoir de quel côté du front il se trouve. Persuadé d’être derrière les lignes allemandes, il se prépare à mettre le feu à son avion mais comme personne ne se manifeste, il fait une réparation de fortune et tente de redémarrer le moteur. Seul avec un avion sans freins, on imagine que ce ne fut pas facile.

Selon certaines sources il aurait crié « Passez mes salutations au Kaiser ! » mais cela n’est pas attesté. A 3 h 15 il reprend donc la voie des airs et met le cap au sud-ouest espérant rejoindre les lignes alliées en essayant de reconnaître sa position dans les rares éclaircies entre les nuages. Il finit par se poser dans un champ près de la côte. Il est au cap Gris-Nez. La base française locale lui permet de faire le plein et d’attendre une éclaircie. A 10 h 30 il est de retour à Furnes avec son 3253.

Le sous-lieutenant Reginald Warneford photographié après son exploit.

Le LZ 37 s’écrasa ensuite sur une école monastique à Sint-Amandsberg (51° 3′ 43,2″ N, 3° 44′ 54,7″ E), à Gand, tuant deux religieuses, le commandant du LZ 37, l’Oberleutnant Otto van der Haegen, et sept membres de l’équipage.

Peu après son retour, il devient rapidement le héros du jour. L’homme qui a abattu un Zeppelin, la terreur des Britanniques, a les honneurs d’un communiqué officiel. Le roi Georges V lui décerne la Victoria Cross, la première accordée à un aviateur. La France n’est pas en reste puisque le gouvernement lui attribue la Légion d’honneur qui lui est remise le 17 juin par le général Joffre, alors commandant en chef de l’armée française.

Rex Warneford ne profita pas longtemps de la gloire liée à son exploit. Après un déjeuner de célébration, Warneford se rendit à l’aérodrome de Buc afin de ramener un avion à Furnes pour son escadrille, vraisemblablement un Farman. Après le vol de réception, un officier lui demande d’effectuer un second vol au profit d’un journaliste américain, Henry Beach Needham, correspondant de guerre pour les magazines The Independent et Collier’s Weekly et un proche de l’ancien président Theodore Roosevelt. D’après les témoins, l’avion aurait perdu son aile droite en montée, avant de s’écraser. Si pour Needham, la mort fut instantanée. Warneford succomba à ses blessures sur le chemin de l’hôpital.

Ainsi disparaissait le pilote qui avait vaincu le Zeppelin.

3 réflexions sur « 7 juin 1915 : Type L contre Zeppelin »

  1. Avatar de geert.woussen@telenet.be
    geert.woussen@telenet.be 8 juin 2025 — 9 09 05 06056

    Bonjour, En 2009 , nous avons réalisé, dans notre école Poly technique à Ieper (Belgique), une réplique du Morane Soulnier type L à partir d’un moteur Rhône original de 1917.

    Nous avons modifié l’avion avec le système pour larcer 6 bombes. Ceci pour une exposition à Gand et à Swindon (Royaume-Uni) pour le centenaire de la victoire de Warneford sur le zeppelin.

    Info sur pilote Warneford

    [ https://geertwoussen.weebly.com/m-s-pilot-warneford-francais.html | https://geertwoussen.weebly.com/m-s-pilot-warneford-francais.html ]

    Info sur les bombes et le systéme de lancement

    [ https://geertwoussen.weebly.com/m-s-pilot-warneford-francais.html | https://geertwoussen.weebly.com/m-s-halle20-lbs-francais.html ]

    Nous avons également modifié l’avion pour le centenaire de la première victoire de Guynemer à Soisson (France) en de Roland Garros

    Cordialement Geert Woussen

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    1. Avatar de Morane-Saulnier

      Merci de vos informations que nous nous ferons un plaisir de relayer.

      Cordialement

      Philippe de Segovia
      Secrétaire de l’association

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  2. Avatar de Emmanuel Join-Lambert
    Emmanuel Join-Lambert 10 juin 2025 — 7 07 16 06166

    Bonjour , Nous suivons avec grande attention vos exploits et sommes très heureux de vous lire.. Pouvez vous noter que nous avons changé d’adresse mail et vous remercions de la prendre en compte. Notre nouvelle adresse : join-Lambert.emmanuel@orange.fr

    Vous remerciant à l’avance et bravo pour votre détermination à maintenir la mémoire . Cordialement E . Join-Lambert 4 Chemin de la Houssaye 27800 Brétigny

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